Dans son atelier situé en Belgique, Pierre Coppens travaille avec finesse le bois pour le marier à la lumière. Fruits de partenariats et d’un précieux savoir-faire, ses créations poétiques attirent les particuliers comme les grands restaurants et les enseignes de décoration. Entretien avec un artisan passionné dont l’expérience est riche d’enseignements.

Pourquoi avoir choisi de travailler le bois ?
J’ai commencé il y a bien longtemps déjà, avant de songer à faire des luminaires. Comme le mobilier du commerce ne me convenait pas ou ne correspondait pas à un budget raisonnable, je me suis mis à en réaliser avec du bois.

Comment vous est venue l’idée d’y associer la lumière ?
Un peu par accident ! Un jour, en approchant une feuille de placage de bois d’une lumière vive, j’ai remarqué qu’elle était translucide. J’ai pensé alors qu’il devrait être possible d’en faire des abat-jour, mais j’ai rangé cette idée dans un carton. Il m’aura fallu douze années pour passer de l’envie à l’engagement !

Avez-vous une espèce de prédilection parmi celles que vous utilisez ?
Vous connaissez cette terrible question : qui préfères-tu, ton père ou ta mère ? Il me serait aussi cruel d’avoir à mettre en avant une essence parmi les autres. Chacune possède ses spécificités. Mais j’avoue quand même une certaine affection pour le zebrano. L’alternance de ses bandes caramel et chocolat lui confère beaucoup de caractère, même lorsque le luminaire est éteint. J’ai aussi développé l’association de deux essences dans un même luminaire, comme l’association tulipier/eucalyptus ou tulipier/merisier. Le contraste subtil entre les deux essences met chacune d’elles en valeur. On a tendance à considérer un luminaire comme un objet fonctionnel destiné à fournir de l’éclairage. Or, c’est aussi un objet de décoration, qui présente autant de caractère éteint qu’allumé. Il fait partie intégrante du mobilier et peut participer de la création d’une ambiance unique.

Les spécificités du bois sont donc fondamentales quand on travaille la lumière…
Si l’on souhaite un luminaire particulièrement translucide, on choisira par exemple du tulipier, du peuplier, du bouleau ou du sycomore. Mais une essence moins translucide, voir même opaque comme le wengé, n’est pas un contresens. Tout dépend du modèle, de ses dimensions et du contexte d’application. Ainsi, pour une lampe de chevet ou pour un luminaire destiné à éclairer chaque table dans un restaurant, une essence opaque peut être un choix tout à fait pertinent : l’éclairage est alors plus concentré.

Parlez-nous un peu de votre style…
Pour résumer très brièvement, je dirais l’alliance du passé et du futur. Il est possible de faire des choses originales sans nécessairement renverser la table. Je n’ai rien contre le plastique, le métal ou l’inox – souvent choisi pour faire « moderne » – mais pour moi la modernité doit plutôt se nourrir de l’acquis. Pourquoi évincerait-on le bois ? Ce matériau séculaire est parfaitement capable de révéler des formes neuves. Et lorsqu’il est exploité de manière durable, il est écologique ! Je veille aussi à ce que cette originalité ne sombre pas dans le kitsch : elle ne doit pas être exempte d’une certaine sobriété… oserais-je dire d’élégance ? L’originalité se veut parfois très discrète.

Vous avez récemment choisi de vous consacrer entièrement à l’artisanat. Que vous a apporté ce changement de vie ?
Le respect du client et des partenaires, un esprit collaboratif, le sentiment d’appartenir à une chaîne faisant sens. Depuis au moins une dizaine d’années, j’ai observé un changement important dans les entreprises où j’ai été salarié : les employeurs sont de plus en plus exigeants, mais paradoxalement, les résultats en termes de qualité et de respect du client ont dramatiquement baissé. Un phénomène absurde qui va à contresens de l’objectif visé. Désormais, le produit que je délivre répond aux exigences que je me suis moi-même fixées. Ce n’est pas plus reposant – bien au contraire – mais quel plaisir que de voir un client satisfait ! Et quel plaisir de travailler avec des gens partageant le même esprit collaboratif, comme ce partenaire breton qui n’est plus tout à fait un client mais presque un ami !

Quel regard portez-vous sur le statut d’artisan ?
Actuellement, il n’y a toujours pas de solution satisfaisante pour passer du statut de salarié au statut d’indépendant, sinon dans des conditions précaires – du moins en Belgique. A mon avis, le monde du travail est organisé selon un schéma totalement dépassé et il conviendrait de le revoir de fond en comble. Il faut beaucoup de motivation pour franchir le cap et, surtout, pour le tenir… Mais le prix à payer offre une belle récompense. Une richesse humaine, d’abord, mais aussi la satisfaction de produire des choses dont on peut être fier. Surtout, ce « sacrifice » permet de n’être plus totalement spectateur de sa vie, mais d’en être l’acteur principal.

 

Propos recueillis par T. Leroy.  Site officiel de Pierre Coppens : https://www.arte-lucem.com/